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La littérature n'a pas d'autre destination ni d'autre destin que d'appartenir à toute l'humanité. Ben Okri.
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samedi 29 octobre 2011

ET QU'ON EN PARLE PLUS, Michel Sardou




Résumé Editeur :

"Un ours. C'est ce que tout le monde pense de moi. C'est la vérité.
Si pour ce livre j'avais préparé un plan, il y aurait eu quoi ? Ma naissance, l'école, l'armée, trois mariages, des enfants, mes chansons, mes petits-enfants. Ajoutons comme chez tout le monde les emmerdes administratives et diverses, quelques cuites, une ou deux aventures, et puis finalement quoi ?
Je ne peux m'empêcher de songer qu'à la fin de ce mémoire j'aurais l'âge de mon père lorsqu'il est mort. Mon Dieu, comme je regrette de ne pas l'avoir mieux connu. Ni l'un ni l'autre n'avons su faire le premier pas."

Ce livre est un événement. Michel Sardou, qui n'avait jamais raconté sa vie, parle pour la première fois. Tour à tour désinvolte, ironique ou rageur, il poursuit dans cette surprenante autobiographie un dialogue énergique- et imaginaire - avec sa mère Jackie.


Mon avis :

143 pages de pur plaisir ! Un moment privilégié, attablée avec un homme talentueux et sa mère. Chose étrange car cet homme est devant son ordinateur, sa mère est près de Dieu et moi, je suis lovée dans mon fauteuil avec ce livre dans les mains...Et alors ! la magie opère, pendant quelques heures je suis devant eux, je les écoute tranquillement discuter. Sardou raconte Michel. Et Jackie l'aide à se confier car il n'aime pas parler de lui.
C'est un petit mémoire, pour une vie normale. La vie d'un homme né dans une famille d'artiste. Il rêvait de devenir un grand comédien, il sera chanteur. Mais pas de ceux qu'on oublie après un ou deux albums, non, un grand artiste de la chanson française. Qui n'a jamais fredonné "La maladie d'Amour" ou encore "Musulmanes", "Le France"...C'est incontournable !
La vie de Michel Sardou a été décortiquée, salie, déformée. On lui a prêté des idées qui n'étaient pas les siennes. On l'a étiqueté "Facho, Macho, Salaud..." et autres noms d'oiseaux. Mais a-t-on cherché à savoir qui était cet homme réellement ? Pas souvent.
N'étant pas un grand causeur, ce travail n'a pas été une sinécure. Pour nous, pour lui, il s'invente un dialogue avec sa mère Jackie ( qui nous a quitté il y a déjà quelques temps ) et il se raconte. Michel, l'artiste, l'interprète, le comédien, le mari, le père, le fils. Il rétablit quelques vérités, il se remémore les bons et les mauvais souvenirs. Il analyse certains de ses comportements, mais ne regrette rien.
Et puis, il est juste un Homme!
Ses mots transpercent le coeur de la fan que je suis. Je suis bercée par des phrases simples qui raisonnent en moi sur les mélodies de ses chansons. Sa voix résonne dans ma tête à chaque mot que mes yeux lisent. C'est un instant d'intimité partagé avec un artiste qui n'a jamais brillé par son sourire mais par la force de sa voix.

Tantôt drôle, tantôt rageur, Michel Sardou se livre en quelques mots : "Je n'suis pas l'homme de mes chansons, voilà !"


Et qu\'on n\'en parle plus
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dimanche 16 octobre 2011

PARADOXIA : JOURNAL D'UNE PREDATRICE, Lydia Lunch



Résumé Éditeur : 

"Innocents, coupables, victimes, agresseurs : un seul corps. Tout en elle. Campée sur ses deux jambes, elle écrit comme elle est : elle cogne, et ça fait un bien fou.[...] Ce qui est extraordinaire, ce n'est pas l'inceste, la prise de risque, les assassins, les grandes villes la nuit quand on est une petite lascive d'à peine 15 ans, l'argent volé et les drogues dures, la vitesse et les baises animales. C'est ce qu'elle en a fait. Paradoxia."
Virginie Despentes

 Mon avis :

Lydia Lunch est une auteure qui provoque, qui choque mais qui se raconte. Paradoxia : journal d'une prédatrice est une autobiographie trashy qui retrace la vie chaotique, rythmée par les drogues, l'alcool et le sexe de Lydia, cette jeune femme qui fut brisée dès l'enfance par un père incestueux.
En quête de la réappropriation de son corps et de son âme, elle se jette dans les affres déstructeurs des paradis artificiels et d'une vie de débauche. Comme une boulimique qui mange à outrance, Lydia Lunch a tenté de nourrir un besoin extrême enfoui au fond de ses entrailles. Le sexe répondait fatalement à la soif de possession qu'elle avait forgée en elle et l'abus de drogues et d'alcool posait momentanément un baume sur la blessure profonde de son âme. En descendant aux tréfonds des enfers, elle pensait pouvoir se trouver, mais en réalité elle n'a fait que s'y perdre encore plus. Comment se construire normalement lorsqu'un adulte vous vole votre innocence ?
Au Diable Vauvert a réédité cette autobiographie de Lydia Lunch qui est parue en France la première fois en 1999. Sa couverture est plus accrocheuse.. Elle interpelle un public averti et représente visuellement un contenu des plus explicite. Ce livre est bien entendu à ne pas mettre entre toutes les mains car son axe est très cru. L'auteure a ri de certains critiques qui ont qualifiés son livre de récit pornographique et sans intérêt. Je concède que la pornographie est un terme que l'on peut employer en parlant des scènes de "baise" que Lydia Lunch décrit dans leurs détails les plus sordides. J'ai moi même eu parfois envie de passer certains passages très salaces aux limites de l’écœurement mais ils font partis de l'histoire de Lydia. Pour faire comprendre dans quel état d'esprit elle se trouvait, elle doit choquer, elle doit marquer profondément le lecteur. C'est justement cette force de caractère et cette violence en elle, qui après l'avoir entrainer au fond du gouffre, lui ont permis de canaliser sa souffrance en la couchant sur le papier.
Son écriture est donc sans concession ni tabou. Lydia Lunch donne au public, sans pudeur ni faux semblants, sa vie et son âme.  Entre ces lignes provocatrices et pleines de hargne, on découvre une femme détruite qui tente de s'accrocher à la vie. Elle est forte et courageuse  même si elle n'a que de la violence et de la douleur en elle, sa soif de vivre reste la plus forte.
C'est donc un livre qui se lit difficilement mais qui doit se lire entre les lignes.

Je remercie Babelio et Au Diable Vauvert pour m'avoir envoyé Paradoxia : journal d'une prédatrice de Lydia Lunch pour l' Opération Masse Critique.



mardi 15 mars 2011

LE GRAND QUOI, Dave Eggers



Résumé Editeur :


Valentino n'a que huit ans lorsqu'il est contraint de fuir Marial Bai, son village natal, traqué par les miliciens armés de Khartoum. Comme des milliers d'autres gosses, le jeune soudanais va parcourir à pied des centaines de kilomètres pour échapper au sort des enfants soldats et esclaves. Valentino passera ensuite plus de dix ans dans les camps de réfugiés en Ethiopie et au Kenya, avant d'obtenir un visa pour l'Amérique. Dans cette nouvelle jungle-urbaine cette fois- il découvrira une face inattendue du racisme.
A mi-chemin entre le roman picaresque et le récit d'apprentissage, ce livre est avant tout le fruit d'un échange. Eggers l'Américain a écouté Valentino l'Africain se raconter. Sa plume impertinente fait mouche et insuffle à cette autobiographie une dimension épique, qui rappelle celle de Mark Twain.


Mon avis :


J'ai eu la chance de lire ce livre, qui a reçu en 2009 le prix Médicis Etranger, dans le cadre d'un partenariat avec Livraddict et Folio.
Je les en remercie grandement car j'ai découvert un monde que je ne connaissais que trop peu.
Le Grand Quoi est avant tout l'histoire romancée de Valentino Achak Deng. Grâce à la plume de Dave Eggers et la sagesse de Valentino, ce roman nous offre une vision personnelle d'une guerre fratricide qui dévaste l'Afrique.
Sans larmoiement ni apitoiement, Valentino, qui vit maintenant aux Etats-Unis, raconte ses souvenirs d'enfant et son périple à travers le Soudan, l'Ethiopie et le Kenya.
Car Valentino fait parti de ceux qu'on a appelé plus tard les enfants perdus, petites victimes d'une guerre civile dévastatrice africaine.
 Dave Eggers met son talent d'écrivain au service des souvenirs de Valentino pour leurs donner une dimension romanesque. Avec beaucoup de finesse il met en action Valentino Achak Deng dans son présent et dans son passé.
Le récit se déroule à la première personne du singulier. Le narrateur est notre jeune soudanais, qui se remémore sa vie depuis ce fameux jour où les murahaleen sont venus détruire son village. Il va se retrouver sans les siens et sur les routes dangereuses qui le mèneront, lui et beaucoup d'autres enfants, jusqu'en Ethiopie, puis ensuite au Kenya. Il sera confronté à la faim, à la peur, à la mort, mais aussi à la cruauté des hommes. Toutes ses horreurs n'auront pas noirci pour autant son coeur et il gardera toujours l'espoir de revivre une vie normale.
A travers le récit, nous retrouvons donc des moments historiques ( politiques, géopolitiques...), mais aussi des anecdotes enfantines et drôlatiques. Le lecteur voit ce monde, le monde de Valentino , avec des yeux d'enfant, puis d'adolescent.
En bref, cette autobiographie romancée est née d'un échange, et nous dépeint avec beaucoup de finesse un moment très sombre de l'histoire africaine. Elle nous mène avec douceur à la réflexion sur le comportement des hommes.




Le Grand Quoi(Autobiographie de Valentino Achak Deng)
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samedi 8 janvier 2011

EFFROYABLES JARDINS, Michel Quint




Résumé :

A chaque fête, chaque Noël, chaque anniversaire, il fait le clown. Il revêt son costume grotesque, son nez rouge et devient "le plus triste des clowns tristes". Ce père fait honte à son fils. Jusqu'au récit de l'oncle Gaston : un dimanche, après une sortie au cinéma, ce dernier lui raconte tout. L'histoire sublime et banale d'un résistant et d'un soldat allemand. Celle qui a fait de son père un héros.










Mon avis : 

J'ai découvert ce court roman de Michel Quint par le jeu de qualité de deux acteurs que j'affectionne : Jacques Villeret et André Dussolier. Ce film de Jean Becker m'avait beaucoup ému. Une histoire d'une simplicité tragique qui entaille profondément l' âme et nous met face à la complexité de l' homme.
Quelques années plus tard, je lis enfin l' oeuvre originale.
Classé dans le genre autobiographique, ce court récit est en fait, au dire de son auteur qui s'en justifie, une fiction. Bien sûr certains souvenirs de l'auteur sont venus nourrir cette histoire ( son père était professeur, il a été dans la résistance...), mais cette oeuvre se veut avant tout un roman riche d'enseignements. C'est une leçon d'humanité.
Tout commence au procès de Maurice Papon, inculpé pour complicité de crimes contre l'humanité.Ce haut fonctionnaire français aurait joué un rôle dans l'arrestation et la déportation de près de 1700 juifs bordelais.
  Certains témoins auraient aperçu un clown dans la salle d'audience.
Enfant, le narrateur avait honte de son père qui à chaque occasion enfilait un costume d'auguste et se donnait en spectacle, le piteux spectacle d'un mauvais clown triste. Il détestait les clowns, jusqu'au jour où, après une sortie en famille, son oncle décide de lui raconter l'histoire à l'origine de ce choix. L'enfant écoute attentivement son oncle, son père lui s'installe en retrait et attend la réaction de son gars. Et le récit qu'on lui fait lui offre un regard sur un père totalement différent de celui qu'il connaissait.
Ponctué d'émotions variées, tantôt humoristiques, tantôt nostalgiques, tantôt tragiques, ce court récit nous réjoui et nous émeut. Il nous mène à la réflexion sur la cruauté des hommes, sur les abus en temps de guerre, mais aussi sur l'espérance et l'humanité.
Et tout se finit à ce même procès où le narrateur par devoir de mémoire, rend hommage à tous ceux qui ont souffert par le passé. Lui aussi enfile le costume et le nez rouge du triste auguste... Car la dérision est une arme plus forte que la violence.
Pour finir, je voudrais juste ajouter ceci : la couverture de livre qui me sert à illustrer cette chronique n'est pas celle de l'édition que j'ai lu. Mais je trouve qu'elle est le reflet parfait des mots de Michel Quint.




Effroyables jardins
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